Au CREPS de Dijon, l’haltérophile de 25 ans enchaîne les barres depuis plus de dix ans. Vice-championne d’Europe, multiple championne de France, Vicky Graillot avance désormais autrement : moins obsédée par le poids des attentes et plus libre dans sa manière de vivre son sport.
Elle a 25 ans et le regard calme de ceux qui ont passé leur vie dans les gymnases. Chez Vicky Graillot, la passion du sport se transmet de génération en génération. Un père haltérophile de haut niveau, un oncle handballeur, une mère passionnée de fitness. « À la maison, ça faisait partie du quotidien », raconte‑t-elle. Petite, elle commence par le judo. Son père préside le club de Belleneuve à l’époque. Puis il ouvre une salle de musculation. « Le dimanche, je passais mes journées là‑bas avec lui. »
« Cette médaille aux Europe, c’était dix ans de travail qui revenaient d’un coup. »
Vicky Graillot, haltérophile
Plus tard, il y a le handball, la section sportive à Chevigny-Saint-Sauveur, puis le CREPS. Vicky n’est pas la plus grande, alors elle apprend vite à miser sur autre chose. « Pour les sélections, il fallait que je me démarque physiquement. » Beaucoup de préparation, beaucoup de renforcement. Et presque au détour d’un entraînement, l’haltérophilie apparaît, comme une évidence. Elle dispute sa première compétition en 2014. Elle n’a alors que 14 ans et se lance sans imaginer une seule seconde la place que prendra ce sport dans sa vie. « Je fais rarement les choses à moitié, mais à l’époque, je ne pensais pas du tout à une carrière », raconte‑t‑elle. Pourtant, très vite, la fédération, elle, remarque son potentiel. Puis, tout s’accélère : l’équipe de France, les stages, les compétitions internationales. Dix ans plus tard, elle y est toujours, et avec un palmarès qui en ferait pâlir plus d’un : sept titres de championne de France ; un record à 123 kilos à l’épaulé-jeté dans sa catégorie ; une médaille d’argent européenne en Moldavie, en 2025 ; une septième place mondiale en 2023. Pourtant, quand elle parle de son parcours, Vicky ne déroule jamais son palmarès comme un argument. Les titres arrivent presque par hasard dans la conversation, sans emphase. Elle préfère parler des années d’entraînement, des répétitions, du temps que ce sport demande à ceux qui veulent durer. « Cette médaille aux Europe, c’était dix ans de travail qui revenaient d’un coup. »
Longtemps, elle a vécu avec cette idée qu’il fallait toujours viser plus haut et toujours prouver davantage. Les Jeux olympiques de Paris 2024 revenaient dans toutes les conversations. « Pendant des années, on me demandait constamment si je visais les JO. Comme si une carrière ne pouvait être réussie qu’à travers ça. » Elle le dit sans amertume, juste avec lucidité. À 25 ans, elle connaît désormais parfaitement les exigences
du haut niveau, les sacrifices invisibles, la fatigue mentale, les choix qu’on repousse sans cesse. Alors, elle a commencé à construire autre chose autour du sport. Aujourd’hui, elle enseigne, entraîne, s’est engagée comme pompier volontaire. Elle parle aussi de graphisme, de communication, de toutes ces choses qui l’intéressent en dehors des plateaux d’haltérophilie.
Dans le milieu, elle a vu les regards changer sur les femmes. Les commentaires sur les physiques, les clichés permanents, les remarques qu’on finissait presque par considérer normales. « Ça évolue beaucoup. Heureusement. » Les réseaux sociaux ont participé à rendre ce sport plus visible, mais surtout à montrer d’autres modèles. Des femmes fortes, sans caricature. Vicky incarne assez bien cette nouvelle génération. Une athlète capable de soulever 123 kilos à l’épaulé-jeté, tout en refusant de se laisser enfermer dans une image unique et en apprenant, doucement, à s’alléger du reste.

