Ancienne sportive de haut niveau devenue maire de Dijon, Nathalie Koenders porte un regard à la fois passionné et pragmatique sur le sport. Des succès récents du DFCO et de la JDA Handball à la place du sport féminin, elle revient sur le rôle du sport dans l’attractivité du territoire, l’éducation des jeunes et la cohésion collective. Entretien.
The Place to B. Montée en Ligue 2 et titre de champion de National 1 du DFCO, sacre européen de la JDA lors des EHF Finals Dijon Métropole… Qu’avez-vous ressenti depuis les tribunes ?
Nathalie Koenders. Énormément de fierté. Parce que ces victoires récompensent un travail collectif. Voir le DFCO retrouver le monde professionnel, c’est une très belle nouvelle pour Dijon. Et il ne faut pas oublier qu’il s’agit aussi du premier titre de champion de France du DFCO. Et puis il y a eu ce moment historique avec la JDA Hand. Voir Dijon sur le toit de l’Europe, ici, à domicile, c’était très fort. Et à chaque fois dans une ambiance populaire et familiale.
Qu’est-ce que ces résultats changent concrètement pour Dijon ?
Quand Dijon accueille des événements européens ou voit ses clubs performer au plus haut niveau, cela donne une visibilité considérable au territoire. Mais derrière ces résultats, il y a aussi des retombées économiques, du tourisme, de l’activité pour les commerces, les hôtels, les restaurants. Tous ces succès nous confortent dans la volonté de continuer d’être présents aux côtés des clubs et d’investir dans les équipements sportifs. Dijon dispose déjà d’infrastructures de qualité mais nous devons poursuivre les modernisations nécessaires pour répondre aux attentes du sport de haut niveau comme du sport amateur.
Quand une collectivité donne accès au sport, elle peut changer des parcours de vie.
Nathalie Koenders, maire de Dijon
Est-ce que votre expérience passée – votre découverte du canoë-kayak grâce aux initiatives municipales et votre pratique sportive à haut niveau – joue sur votre manière de concevoir une politique sportive municipale ?
Oui, forcément. Quand une collectivité donne accès au sport, elle peut changer des parcours de vie. Tout le monde n’a pas la chance de découvrir une discipline par sa famille ou son environnement. Le sport apprend énormément : le collectif, le dépassement de soi, la rigueur, la gestion de l’échec aussi. Ce sont des valeurs très fortes. C’est pour cela que je suis attachée à une politique sportive qui ne se limite pas au sport spectacle. Il faut soutenir le haut niveau, bien sûr, mais aussi permettre à chaque enfant, chaque adolescent, chaque habitant, de pratiquer une activité sportive dans de bonnes conditions.
La Ville de Dijon a récemment organisé une conférence dédiée au sport féminin. Comment changer la donne ?
D’abord en donnant de la visibilité au sport féminin. Quand des jeunes filles voient des équipes comme la JDA Handball évoluer à haut niveau, cela crée des modèles et ça compte énormément. Ensuite, une collectivité peut agir très concrètement sur les équipements, les créneaux horaires, l’accompagnement des clubs, la lutte contre les stéréotypes ou encore la sécurité dans l’espace public. On sait aussi qu’il y a souvent un décrochage de la pratique sportive chez les adolescentes. Il faut être à l’écoute. Le sport féminin mérite la même considération, les mêmes moyens et la même visibilité que le sport masculin.

Quel rôle une collectivité peut-elle jouer dans une situation où un club féminin de haut niveau est fragilisé ?
Une collectivité ne peut pas se substituer aux dirigeants d’un club, mais elle peut être présente, dialoguer,
accompagner et rappeler l’importance du sport féminin dans un territoire. Le DFCO féminin, par exemple, a porté très haut les couleurs de Dijon pendant des années. Il ne faut jamais oublier ce que ces joueuses ont apporté en matière d’image, d’engagement et d’exemplarité. Notre rôle, c’est aussi de créer un environnement favorable : soutenir les infrastructures, accompagner les projets, favoriser les
partenariats et maintenir une ambition forte autour du sport féminin. Je reste attentive à la situation du club et je souhaite évidemment que des solutions solides puissent être trouvées. Pendant longtemps, les footballeuses n’ont pas bénéficié du même cadre de protection et de reconnaissance que les hommes. Les dernières avancées en matière de convention collective montre que le football féminin est en train de se structurer durablement et qu’il mérite pleinement sa place dans le paysage sportif français.
Dijon accueillera une étape du Tour de France Femmes en 2026 : qu’est-ce que cela représente pour vous et pour la ville ?
C’est une immense fierté. D’abord parce que cela participe à la reconnaissance du sport féminin. Ensuite parce que ce sera une formidable vitrine pour Dijon mais aussi pour Dijon métropole, avec un parcours qui traversera plusieurs autres communes du territoire, notamment Marsannay-la-Côte et Corcelles-les-Monts. Le contre-la-montre entre Gevrey-Chambertin et Dijon offrira des images magnifiques de notre territoire. Ce sera un grand moment populaire, festif et sportif, qui permettra aussi de montrer la richesse et la diversité de la métropole. Et puis le vélo est un sujet important pour notre territoire : mobilité, santé, transition écologique, pratique sportive… tout cela se rejoint.
Le sport reste pour moi un équilibre important.
Nathalie Koenders, maire de Dijon
Quel est le souvenir sportif le plus marquant de votre carrière ?
Il y en a plusieurs, mais le sacre européen de la JDA Handball restera forcément un moment très fort, autant
comme maire que comme passionnée de sport. Voir cette émotion collective à Dijon, dans une salle pleine, avec un public totalement derrière son équipe, c’était extrêmement marquant. Je pense aussi à certains moments plus personnels liés à ma pratique sportive, notamment les championnats du monde de course en ligne de canoë-kayak de 1999. Le sport procure des émotions très particulières : la tension avant une compétition, l’effort, les victoires, parfois les défaites aussi, mais surtout l’envie de se dépasser. Mais ce que je retiens le plus souvent, ce sont les moments collectifs. Le sport rassemble des gens très différents autour d’une émotion commune. C’est assez unique.
Depuis que vous êtes maire, est-ce que vous prenez encore le temps de faire du sport ?
J’essaie, même si les journées sont très chargées. Le sport reste pour moi un équilibre important. C’est un moyen de prendre du recul et de garder de l’énergie. Aujourd’hui, je fais du vélo, de la natation, de la course à pied, du pilates ou encore de longues marches dès que mon emploi du temps le permet. Et puis quand on a eu une pratique sportive importante dans sa vie, cela reste toujours quelque part. On garde ce besoin de bouger, de se dépasser et de retrouver cette sensation de liberté que procure le sport.

