Des paysages de l’Auxois aux grands projets qui dessinent déjà le département de demain, François Sauvadet porte sur la Côte-d’Or un regard nourri autant par son attachement au territoire que par sa volonté de le préparer à l’avenir. Routes, patrimoine, eau, innovation, identité ou attractivité : le président du Département nous ouvre les portes de sa Côte-d’Or.
The Place to B. Quand vous pensez à la Côte-d’Or, quelle est la toute première image qui vous vient à l’esprit ?
François Sauvadet. Je pense d’abord aux paysages de l’Auxois, que j’ai plaisir à contempler chaque jour, au départ et au retour de mes déplacements en Côte-d’Or ou à Paris. Mais aussi à la diversité de notre territoire. En quelques kilomètres, on passe des vignobles mondialement connus – avec nos Climats inscrits au Patrimoine mondial de l’Unesco – aux forêts du Châtillonnais, des plaines de la Saône aux paysages de l’Auxois. La Côte-d’Or, c’est une terre d’équilibre entre un patrimoine architectural exceptionnel et un patrimoine naturel préservé.
S’il fallait faire découvrir la Côte-d’Or à quelqu’un en une seule journée, vous l’emmèneriez où ?
Je lui proposerais un voyage au cœur de nos vignes, avec la traversée de la Route des Grands Crus que le Département est en train de rénover. Cette route n’est pas qu’un simple tracé routier. C’est la colonne vertébrale de notre territoire, le reflet de notre identité et l’écrin d’un patrimoine d’exception.
Le Département a d’ailleurs engagé un vaste programme de rénovation, de sécurisation et d’embellissement de cet itinéraire emblématique, première route œnotouristique créée en France, dont nous soufflerons les 90 bougies en mai prochain. À l’occasion de cet anniversaire historique, le Département mobilise plus de 7,7 millions d’euros d’investissement, afin de renforcer l’attractivité et l’identité de cet itinéraire unique au monde.

Quels sont vos QG, dans le département ?
J’ai surtout des habitudes dans les villages et les communes que je visite toute l’année. Ce que j’aime, ce sont les lieux où l’on échange simplement avec les habitants, les élus, les commerçants ou les associations. C’est souvent là que l’on prend le mieux le pouls du territoire. J’ai une affection toute particulière pour le marché du dimanche matin à Semur-en-Auxois, auquel je me rends très régulièrement. J’ai toujours plaisir à échanger avec les producteurs locaux et les artisans aux savoir-faire uniques.
Nous avons une qualité de vie exceptionnelle, avec de l’authenticité, de la convivialité, de la solidarité.
François Sauvadet, président du Conseil départemental de la Côte-d’Or
Vous affirmez régulièrement qu’il ne doit pas y avoir de « territoire oublié ». Est-ce qu’il existe aujourd’hui plusieurs Côte-d’Or qui ne se connaissent pas assez selon vous ?
Oui, sans doute. Nous avons des réalités différentes entre les espaces urbains, viticoles ou ruraux. Mais ce qui nous rassemble est bien plus fort que ce qui nous distingue. Mon rôle est justement de faire en sorte que chaque territoire se sente reconnu et ait les mêmes chances de développement. Car chacun doit pouvoir se voir un avenir là où il a décidé de vivre.
Comment faire pour que les habitants de Dijon, de Beaune, du Châtillonnais ou de l’Auxois aient davantage le sentiment d’appartenir à un même territoire ?
En investissant partout et en refusant les oppositions entre les territoires. Quand on améliore les routes, le numérique, les collèges ou les services publics, on renforce le sentiment d’appartenance. La Côte-d’Or est forte lorsqu’elle avance collectivement.
Quand vous discutez avec des maires ruraux, quelle est leur préoccupation la plus fréquente aujourd’hui ?
Leur préoccupation principale reste le maintien des services et de la qualité de vie. Les maires veulent pouvoir accueillir de nouveaux habitants, préserver leur école, trouver des professionnels de santé et assurer la sécurité de leurs administrés. Ils sont très attachés à l’avenir de leur commune. J’ai pu le constater encore une fois lors de notre traditionnelle rencontre des maires, mi-juin au circuit de Dijon-Prenois. Nous avons eu une affluence record, avec près de 600 élus locaux présents. Cette participation témoigne aussi des attentes qu’ils ont vis-à-vis du Département, premier partenaire des communes pour faire face aux défis qui nous attendent.

Vous parlez souvent d’attractivité. Selon vous, qu’est-ce qui donne envie aujourd’hui de vivre, travailler ou entreprendre en Côte-d’Or ?
Nous avons une qualité de vie exceptionnelle, avec de l’authenticité, de la convivialité, de la solidarité. Nous avons aussi une situation géographique stratégique au cœur de l’Europe, un tissu économique dynamique et un patrimoine reconnu dans le monde entier. La Côte-d’Or offre à la fois des opportunités et un cadre de vie que beaucoup recherchent aujourd’hui.
La marque 100 % Côte-d’Or s’est largement développée ces dernières années. Quel bilan en tirez-vous ?
C’est une belle réussite collective. Cette marque valorise nos producteurs, nos artisans et nos entreprises tout en donnant davantage de visibilité aux savoir-faire locaux. Derrière ce label, il y a aussi une idée simple : consommer local, c’est soutenir l’économie et l’emploi de notre territoire.
Vous présidez l’association Départements de France. À cette aune, quelles singularités font de la Côte-d’Or un territoire vraiment unique ?
Chaque département est unique, dans sa diversité. Peu de territoires réunissent autant d’atouts que la Côte-d’Or. Nous avons une identité forte, portée par notre patrimoine et notre gastronomie, mais aussi une capacité à innover et à préparer l’avenir. La Côte-d’Or sait rester fidèle à ses racines tout en regardant loin devant. C’est ce que nous faisons avec notre Plan Eau Côte-d’Or 2050. Nous investissons près de 100 millions d’euros pour sécuriser l’alimentation en eau potable de 332 communes, soit la moitié des communes du département (projet qui englobe 150 km de canalisations, une usine de production d’eau potable et une usine de traitement des eaux). Car sans eau, il n’y a ni développement économique, ni agriculture, ni nouveaux habitants. C’est le plus gros chantier mené par un Département en France et je suis fier que les communes et les syndicats des eaux aient eu cette prise de conscience à nos côtés pour faire face au défi de l’eau.

On vous connaît attaché aux traditions et à l’identité du territoire. Pourtant, vous investissez aussi dans l’intelligence artificielle et les outils numériques. Comment conciliez-vous les deux ?
Je ne vois aucune contradiction. Les racines et l’innovation ne s’opposent pas, elles se complètent. L’intelligence artificielle est une révolution comparable à celle d’internet. Nous avons très vite compris que les collectivités allaient devoir faire face à deux défis majeurs : la cybersécurité et la maîtrise de leurs données. Nous avions deux options : attendre ou agir. Nous avons choisi d’agir dès 2024. Notre ambition est simple : que la Côte-d’Or soit actrice de cette révolution pour construire une véritable souveraineté numérique au service des communes et des habitants. C’est notre responsabilité de préserver ce qui fait l’identité de la Côte-d’Or tout en donnant à notre territoire les moyens de relever les défis de demain.
Selon vous, à quoi ressemblera la Côte-d’Or dans vingt ans ?
J’aimerais qu’elle reste fidèle à ce qu’elle est : un territoire où il fait bon vivre, travailler et transmettre. Mais je la vois aussi plus connectée, plus durable et plus attractive encore. Si nous continuons à investir dans la jeunesse, les mobilités, le numérique et les services de proximité, comme nous le faisons au Département, la Côte-d’Or restera l’un des territoires les plus dynamiques de France.

